Le bio digesteur est une alternative pour un environnement sain. Les matières premières sont les bouses de vache et l’eau simple. Avec 360 000 F CFA, un ménage peut s’installer du gaz naturel. A Bouli, un village de la commune de Thiou dans la province du Yatenga, Sapoka l’expérimente. Mieux, elle a ouvert un restaurant. Une activité qui lui permet de subvenir à ses besoins, et à ceux de sa famille. Le jeudi 22 mars 2018, lefaso.net y a fait tour.

 

Energies renouvelables : Sawadogo Sapoka utilise le bio digesteur et transforme sa vie Bouli, c’est un village situé à l’Ouest de Ouahigouya, dans la région du Nord. 45 kilomètres séparent la ville de la bourgade. Ce jeudi 22 mars 2018, nous avons rendez-vous avec dame Sapoka. Agée de 35 ans, elle est bénéficiaire d’une installation de bio digesteur devant sa concession. Du dôme, le gaz est acheminé dans la maison de Sapoka. Au lieu qu’il serve uniquement à la cuisine, elle a innové. Elle a ouvert un restaurant dans le village. Ce jeudi, entre deux clients, elle nous souhaite la bienvenue. Des clients patientent. Elle s’affaire à les servir. Ils ont le choix entre le nescafé, le thé, le riz gras, les omelettes et les ignames. C’est du jamais vu dans cette lointaine contrée. « C’est ainsi ici chaque jour », nous murmure un fidèle, entre deux boules d’ignames. Il est visiblement satisfait.

A l’aide d’un briquet, elle allume son foyer et prépare son menu du jour. La nuit, ce même gaz lui procure de la lumière. Des lampes à mèches y sont connectées. Il suffit seulement d’appuyer sur l’interrupteur. Chaque mois, confesse-t-elle, elle engrange plus de 25 000 francs CFA. « Cela me permet de subvenir à mes besoins, de scolariser mes quatre enfants et soutenir mon époux dans les dépenses du ménage » explique-t-elle, l’air joyeuse. Elle poursuit : « avant, je n’avais aucune source de revenus. C’était la pauvreté, voire la misère. J’étais obligée de compter sur mon mari. Mais aujourd’hui, je peux dire que ça va. Des gens viennent de loin pour voir ce que je fais. » Son innovation séduit plus d’un. Son mari d’abord. C’est d’ailleurs lui qui lui apporte un coup de main pour ses besoins. La commune de Thoui dont relève son village salue son initiative.

Elle reçoit le prix de l’innovation de « Association Formation Développement Ruralité »(AFDR)

Le génie de Sapoka dépasse les frontières de son village. « Au départ, nous avons contribué pour que les ménages aient de l’énergie. Mais une fois installé, elle a utilisé non seulement pour sa cuisine, mais elle en fait une activité génératrice de revenus. Nous avons été séduits par son idée et nous lui avons attribué le prix de l’innovation au cours d’une de nos assemblées générales », explique Yves Sawadogo, coordonnateur de AFDR. Avec ce prix, ses clients ne mangent plus par terre, encore moins debout. AFDR, une association qui travaille pour la sécurité alimentaire l’a gratifiée de tables, de bancs, d’assiettes, de marmites, de cuillères et de fourchettes. Son tendre époux, lui a érigé deux hangars.

Mais comment fonctionne le bio digesteur

La technologie séduit plus d’un. Le système est simple. AFDR a contribué à la réalisation du projet. Zonou Seydou, animateur à AFDR explique le processus. « Il y a d’abord le bassin d’entrée. Chaque jour, le ménage déverse deux seaux délayés de bouses de vache avec de l’eau. Ensuite, le liquide coule dans le dôme. Il est hermétiquement fermé. Elle remplace la bouteille de gaz ordinaire. Le gaz est ainsi fabriqué ». Les deux seaux liquides de bouses produisent 8 à 16 m³ de gaz. Le reste de bouse de vache continue dans un autre puits. C’est la bassine de sortie. Après, les déchets sont reversés dans des fosses. Mais du dôme à la maison, il y a le piège à eau. Quand il y a de l’eau dans le gaz, une aiguille installée dans la maison tourne. On desserre donc le piège et l’eau s’échappe.

La technologie ne fournit pas que le gaz. Les résidus qui se trouvent dans la fosse de sortie sont toujours utilisables. Ainsi, ils servent à la fabrication des asticots pour la nourriture de la volaille et des poissons. Ces mêmes déchets peuvent être réutilisés pour nourrir les vaches. Une fois dans la fosse, c’est de l’engrais. Rien donc ne se perd, tout se transforme comme le dit Antoine Lavoisier. Ce gaz est propre, ne pollue pas l’environnement.

Son importance appelle à sa vulgarisation

Le bio digesteur parait simple. Mais en réalité, il nécessite un investissement d’au moins 360 000 F CFA pour la construction du système. En plus, il faut disposer des bœufs. Or, le niveau socioéconomique de certains ménages fait qu’ils ne peuvent en bénéficier. Néanmoins, dans certaines zones d’intensité d’élevage, les bouses de vache se perdent dans les brousses. Vu l’importance du bio digesteur, il serait judicieux de le vulgariser, voire trouver des moyens pour recharger les bouteilles de gaz.

Dimitri OUEDRAOGO
Lefaso.net